Intelligences multiples et orientation scolaire : ce qu’il faut savoir

Adolescent pensif dans sa chambre, entouré d’un ballon, d’une guitare, de livres de sciences et de dessins
Bilan d'orientation

Intelligences multiples et orientation scolaire : ce qu’il faut savoir

« Saviez-vous que nous possédons tous huit formes d’intelligence ? » La théorie des intelligences multiples, développée par le psychologue américain Howard Gardner, est très populaire dans l’éducation et l’orientation. Elle invite à regarder au-delà des notes et du quotient intellectuel pour reconnaître des talents variés. Mais que dit vraiment la théorie, que lui reprochent les chercheurs, et comment s’en servir avec discernement pour aider un jeune à s’orienter ?

En bref

  • Howard Gardner a présenté sa théorie en 1983 avec sept intelligences ; il y a ajouté une huitième, l’intelligence naturaliste, au milieu des années 1990.
  • La théorie est contestée par la recherche : plusieurs publications scientifiques estiment qu’elle manque de preuves empiriques.
  • Gardner lui-même rejette l’idée d’un « test des intelligences multiples » : les questionnaires en ligne décrivent la façon dont on se voit, pas des capacités mesurées.
  • Utilisée comme support de discussion, elle aide à valoriser des talents variés. Pour s’orienter, on la complète avec des outils centrés sur les centres d’intérêt et avec des expériences concrètes.

La théorie de Howard Gardner

En 1983, dans son livre Frames of Mind, Howard Gardner défend l’idée qu’il existe plusieurs formes d’intelligence, et non une seule intelligence générale mesurable par un test de quotient intellectuel (QI). Il en décrit alors sept. Au milieu des années 1990, il en ajoute une huitième, l’intelligence naturaliste, annoncée en 1995 puis développée dans Intelligence Reframed en 1999. Aucune autre intelligence n’a depuis été définitivement ajoutée par l’auteur.

Les 8 intelligences

  • Linguistique : capacité à utiliser et à comprendre les mots et le langage de manière efficace.
  • Logico-mathématique : capacité à raisonner avec logique, à résoudre des problèmes mathématiques et à manipuler des concepts abstraits.
  • Spatiale : capacité à percevoir le monde visuellement, à comprendre les relations dans l’espace et à se représenter des objets.
  • Corporelle-kinesthésique : capacité à utiliser son corps de manière précise et expressive, et à manipuler des objets avec habileté.
  • Musicale : sensibilité à la musique, capacité à reconnaître, créer et interpréter des motifs musicaux.
  • Interpersonnelle : capacité à comprendre les autres, à interagir avec eux et à travailler en groupe.
  • Intrapersonnelle : capacité à comprendre ses propres émotions, motivations et forces, et à se connaître soi-même.
  • Naturaliste : capacité à reconnaître et à classer les éléments de la nature : plantes, animaux, phénomènes naturels.

Selon Gardner, chacun possède l’ensemble de ces intelligences, plus ou moins développées selon son parcours, ses prédispositions et ses centres d’intérêt. Il précise aussi qu’une intelligence n’est pas un « style d’apprentissage ». Il range cette confusion parmi les idées reçues sur sa théorie.

Ce qu’en dit la recherche

La théorie a connu un grand succès dans l’éducation, mais elle est largement discutée par les chercheurs :

  • En 2006, une revue critique publiée dans Educational Psychologist conclut qu’elle manque de preuves empiriques et ne devrait pas fonder les pratiques éducatives. Gardner y a répondu en estimant que sa théorie était simplifiée : le débat est réel.
  • La même année, une étude a fait passer deux tests par intelligence à 200 adultes. Les tests portant sur les capacités les plus « cognitives » se révèlent fortement liés à un facteur général d’intelligence, ce qui va contre l’idée d’intelligences indépendantes.
  • En 2021, une méta-analyse de 39 études menées dans 14 pays conclut que leurs défauts de méthode ne permettent pas d’évaluer l’efficacité des pédagogies fondées sur cette théorie.
  • En 2024, deux chercheurs publient dans la revue française Enfance un article qui range la théorie parmi les mythes sur l’intelligence, faute d’assises théoriques et empiriques solides.

Même des auteurs proches de Gardner reconnaissent le manque d’études conçues pour tester la théorie dans son ensemble, et l’absence d’outil capable de mesurer directement le profil d’intelligences d’une personne.

Le conseil de Maud

Plutôt qu’un « test » censé révéler le métier idéal, voyez la grille de Gardner comme un point de départ pour discuter avec votre enfant. Elle l’aide à mettre des mots sur ce qu’il réussit et aime faire, au-delà des seules notes, et c’est souvent là que naissent les premières pistes.

Comment l’utiliser en orientation

La théorie garde un intérêt si on l’utilise pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une grille de lecture et non un diagnostic.

Reconnaître la diversité des talents

Elle rappelle que l’on peut être doué autrement qu’en mathématiques ou en français. Pour un jeune qui doute de lui, découvrir qu’il est à l’aise dans les relations humaines, le travail manuel ou la musique peut renforcer sa confiance et ouvrir des pistes qu’il n’envisageait pas.

Ouvrir le champ des possibles

Parler de talents variés aide à dépasser les stéréotypes liés à certaines filières ou à certains métiers, et à explorer un éventail plus large de formations.

Rester prudent avec les questionnaires

Gardner juge lui-même qu’une batterie de tests d’intelligences multiples est contraire à sa théorie. Les questionnaires d’auto-évaluation décrivent la façon dont on se voit, sans distinguer ses préférences de ses capacités réelles. Ils ne désignent donc pas un métier.

Croiser avec d’autres approches

En orientation, les outils de référence partent plutôt des centres d’intérêt. Le modèle RIASEC du psychologue John Holland distingue six types d’intérêts professionnels : réaliste, investigateur, artistique, social, entreprenant et conventionnel. Il est bien étayé, même si sa capacité à prédire la satisfaction au travail reste modeste. L’Université Rennes 2 l’utilise par exemple dans ses modules d’aide à l’orientation, et l’Onisep propose un quiz gratuit, « Quels métiers selon mes goûts ? », présenté comme une première étape. Rien ne remplace ensuite les expériences concrètes, comme les stages, les immersions ou les rencontres avec des professionnels.

C’est cette combinaison (connaissance de soi, exploration et expériences) qui fonde un bilan d’orientation utile, ou l’accompagnement Premiers Pas Orientation pour les plus jeunes.

Bilan d’orientation dès la 3e

Mieux connaître ses atouts

Le bilan d’orientation croise plusieurs sources (parcours, centres d’intérêt, motivations, qualités, personnalité) pour faire émerger des pistes adaptées. À Crevin, au sud de Rennes, ou en visio.

Questions fréquentes

Existe-t-il un test fiable des intelligences multiples ?

Non. Howard Gardner lui-même estime qu’une batterie de tests est contraire à sa théorie, et aucun outil ne mesure directement le profil d’intelligences d’une personne. Les questionnaires en ligne décrivent la façon dont on se perçoit.

Combien y a-t-il d’intelligences multiples ?

Huit : les sept décrites par Gardner en 1983 (linguistique, logico-mathématique, spatiale, corporelle-kinesthésique, musicale, interpersonnelle, intrapersonnelle), plus l’intelligence naturaliste, ajoutée au milieu des années 1990.

Les intelligences multiples sont-elles un neuromythe ?

Le débat est vif. Plusieurs chercheurs, dans une publication de 2023 et dans la revue Enfance en 2024, la rangent parmi les mythes faute de preuves. Gardner et ses défenseurs contestent ces critiques. Mieux vaut donc l’utiliser comme une grille de réflexion, pas comme une vérité scientifique.

Intelligences multiples ou RIASEC : quelle différence ?

Les intelligences multiples décrivent des formes de talents ; le modèle RIASEC de Holland décrit des types d’intérêts professionnels. Le RIASEC est plus utilisé en orientation et mieux étayé, même s’il ne prédit pas à lui seul la réussite dans un métier.

Quel outil utiliser pour aider un ado à mieux se connaître ?

Il n’existe pas d’outil miracle. Les échanges, les questionnaires d’intérêts, les expériences concrètes et le regard d’un professionnel se complètent. Le CIO, gratuit, ou un bilan d’orientation permettent de croiser ces approches.

Maud Lepierre, conseillère en orientation scolaire (En Devenir)

Coach certifiée spécialisée en coaching scolaire, Maud a travaillé 8 ans en ressources humaines, puis accompagné pendant 10 ans des étudiants dans leurs choix de formation et leur insertion professionnelle. Elle reçoit aujourd’hui les jeunes et leurs parents à Crevin, au sud de Rennes, ou en visio. Découvrir son parcours